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Histoire de STAR
Il est de ces histoires que tout un chacun connaît, sans jamais s’y reconnaître, et de celles que l’on souhaiterait oublier, pour ne pas s’identifier, juste un peu malhonnête. Pour conjurer le sort, l’air un peu contrarié, les lèvres retroussées et les sourcils froncés. Pour se sortir de la tête des idées périmées, on se chantonne à tue-tête des « na na na na »et autres banalités. De ces réflexes un peu bêtes, mais qui apaisent le corps et l’esprit, esquivant d’un geste maîtrisé, les maux carabinés.
Une course, un matin, un ciel gris et personne pour regarder. Six jeunes hommes, douze pieds et 120 petits membres collés serrés, prêts à jouer des coudes, savamment confinés, dans des baskets ultra stylées. Un seul but, arriver le premier. Pas de demi-mesure, on se défend contre l’usure, s’emparer de l’espace, s’approprier « LA » place et se sentir exister. Alors on se joue du temps, on défie le chrono. L’espace d’un instant, on défierait les Dieux, parce qu’on se sent puissant, jusqu’à se croire invincible. Pour la magie d’une réussite, les pieds plantés sur le plus haut des plots.
Il arriva premier, après une course folle et effrénée. Rien ne semblait plus compter à ses yeux, si ce n’est cette victoire arrachée, par un brin de rage doublée d’une sacrée tendance à l’exagération. Chaque précieux centimètre parcouru c’est autant de victoires décrochées. « Allo ? », silence prolongé, « Allo, j’ai gagné ! »
Un besoin de partage, celui que l’on évite dans la défaite, comme autant de gages, véritables témoignages profondément encrés. Supplice du perdant et réconfort du gagnant qui voudrait vaillamment fendre la foule, tenace et compacte, le défi du métro parisien, un jour de grève en plein hiver.
Surprise générale, l’homme n’était pas des favoris. Chacun crie au scandale, les concurrents sont brusques et s’offusquent. Mélange détonant de colère et de déception, une étincelle dans les yeux et « BOUM » la déflagration. On respire un air, saturé de malaise et d’incompréhension. Changement d’attitude, on déraisonne et puis on s’abandonne, la fatigue atténuant les tensions. Instant de récupération, pour ces six mâles mis à mal par leur instinct primal et leur trop plein d’inspiration.
Le premier, un pas devant le second et pourtant désormais si loin. Perdu au fin fond du succès, l’inaccessible à portée de main. Le sol est frais et le corps bouillonnant se tord et se détend tel un accordéon. L’instant est magique, les souffrances n’y changent rien, alors qu’on se remémore la panique des derniers mètres d’un long chemin.
Le premier, quelques secondes grappillées et le pied qui s’allonge alors qu’on se croyait dépassé, cherchant à rattraper son ombre d’un dernier geste désespéré. Instant de pure satisfaction et devant, rien ne gronde. Délicieuse illusion d’une certitude qui se mesure.
Sa place est la première, comme celui qui trône au milieu de tous, avec cette assurance détestable et pourtant si enviée, qu’arbore les premiers. On se croirait maître du monde à s’octroyer l’impossible, à faire paraître l’invisible. A se sentir pousser des ailes et développer son imagination, jusqu’à croire aux gentils proverbes et aux paroles de chansons.
Il se releva péniblement, l’effort était trop violent, comme assommé par un pot de fleur tombé du 666ème étage, comme aspiré dans un vide poussiéreux et chargé d’étoiles. Tentative échouée, l’homme est à bout et le fil s’est cassé. Une star éphémère, qui effleura la gloire, comme une légère brise et se brisa soudain, sans savoir, qu’il n’était dans ce récit que l’on nomme vie, qu’un second après le premier. Un excès d’ambition, une disqualification, mais le rêve préservé, celui d’être premier. |