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Miroir, mon beau miroir…..
Déhanché plus ou moins subtil , saisissante assurance , le talon claque sur le bitume détrempé. Il pleut. On capte dans l’air ce je ne sais quoi de sexuel, envie irrépressible de déshabiller du regard ce jeans bien trop serré… bien trop. Le passant s’éprend d’une image, le tactile est à ce stade, relégué au rang de fantasme. L’homme n’est pas des plus valeureux, il observe via la vitrine un peu cradingue du petit coupe-tif de quartier, le reflet de ses pensées perverses. Envie soudaine de proposer ses services pour un bon vieux lustrage de devanture. L’image est bien trop floutée. Elle ne se retournera pas avant de monter dans le bus. Il s’en retournera trempé chez lui, coupable d’une délicieuse inattention, par une matinée pluvieuse où il ne fait pas bon rester trop près d’un bus.
Une R19 joliment élimée, d’une teinte bordeaux immatriculée « Paradis ». Un dispositif high tech délivre un son rêveur, déclencheur de réflexions délectablement futiles. Pensées déraisonnables qui sentent le chaud, l’effort et la sueur. Elle est assise à l’arrière, passagère en mode « laisser-aller », le regard imbibé de quelques montagnes enneigées. Il conduit, concentré, la nuit est noire et l’embarquement affiche complet. Son regard se lève, l’échange est instantané. Le rétro comme complice, le cadrage est parfait. Reflet délivré comme un divin secret, les yeux se fixent puis se mettent à parler, s’effleurent, se caressent et se laissent le temps d’un arrêt un peu précipité. Le feu est rouge, image en décalé. Son cœur s’emballe, ses mains sont moites, sa gorge nouée…
Chacun respire tour à tour, cherchant à échapper aux inconvénients d’une trop grande proximité. L’haleine de phoque de son voisin, aux heures de pointe du métro parisien, nous pousse à des réflexions anti-pacifistes. Petite mamie sur son strapontin, la boucle parfaite, le pied ballant regarde médusée le bras tatoué d’une toute autre génération. De ses lunettes triples foyers, on aperçoit une jeune reproduction de Britney… Bip… Les portes se ferment, et soudain les vitres des wagons déglingués se font miroirs. Réflexe groupé dans un même reflet. L’une se recoiffe le geste assuré, l’autre se rhabille feignant d’être discret. Quelques secondes suffisent pour les habitués, les novices attendront une nouvelle projection à intervalle régulier.
Grand bleu, l’air est frais, Serre-Chevalier la belle, dans une robe blanche immaculée. Emmitouflée dans une douzaine d’épaisseurs, je me cale prête pour une remontée mécanique direction la Cucumelle. A ma gauche mon voisin des plus « je m’en foutiste » exerce ce détestable mais néanmoins célèbre réflexe de curage de nez. Je feins l’indifférence et détourne mon regard vers la droite. Elle me sourit amusée, les yeux planqués derrière un masque où j’aperçois mon reflet en déformé. AH ! Pas pire ! Je prends de la hauteur, mon ombre portée semble dessiner quelques peintures rupestres sur le divin duvet. J’arrive au sommet, vision idyllique, réflexion des chauds rayons sur le sol enneigé, comme une constellation, pleine de paillettes qui donne à rêver. Reste à se laisser glisser…
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